Pourquoi, pour qui, comment ?

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POUR QUOI, POUR QUI, COMMENT ?

En 1993, quand naquit Regard'en France Cie, nous étions peu nombreux à considérer que notre société d'alors ne prenait pas en compte tous les besoins de ses contemporains, dont les personnes handicapées.

Faut-il le dire? Mon handicap alors fut de n'en pas avoir, de parler du handicap et non d'un handicap, de n'avoir aucune autre raison que celle d'un artiste ayant le goût de parler de l'homme à tous les hommes dans ses freins, ses peurs, mais aussi son incroyable capacité à changer les choses quand elles lui sont montrées, expliquées, quand il peut lui même s'éprouver dans un univers étranger et comprendre ainsi par son intelligence et non son seul cœur la nécessité de considérer l'autre autrement que par lui-même.
Pionnière, notre démarche a sans conteste et humblement changé le regard et la réflexion sur le handicap. Nos créations de spectacles, d'événements, de concepts ont toutes contribué à sensibiliser, informer et faire que chacun reconnaisse que d'autres ont d'autres besoins et les mêmes droits.

Nos propositions, notre réflexion, nos constats, nos analyses posent les choses, les considèrent sous tous les angles sans rien omettre, sans arrangement, sans autre ambition que chacun prenne la place que la vie lui a donnée dans un univers qui doit accueillir chacun tel qu'il est.

Voir aujourd'hui tous et chacun s'épanouir à travers nos actions, y être fidèles et s'en faire les avocats, est une récompense sans prix.
Jamais je n'aurais pensé en 1993, en commençant ce voyage et en créant le Misanthrope de Molière dans le noir, cette pièce qui traite d'un homme qui croit en la vérité et refuse de se soumettre aux dictats de sa société, en être là aujourd'hui...

Tous les rêves naissent libres et égaux en droits, j'en suis convaincu. Celui que j'ai fait d'un théâtre qui soit le reflet de tous ceux qui sont dans la ville, miroir tendu à tous pour qu'ils s'entendent et se voient, me semble ici grandement atteint. 
Et peu importe les épreuves, peu importe le temps qu'il aura fallu pour qu'aujourd'hui nos travaux soient reconnus et recherchés, vecteurs et compagnons de changement.

Tout cela n'aurait pu être sans quelques uns unis autour de ce projet, encore là aujourd'hui ou relayés par d'autres. On est plus fort à plusieurs, quand chacun porte sa sensibilité au bénéfice d'un projet commun.
Nous n'en avons pas fini, et sans doute je ne verrai peut-être pas la finalité de cette formidable aventure, d'autres s'en saisiront et la mèneront à terme...

Peu importe ! Je n'ai pas travaillé tout ce temps pour une quelconque gloire, mais bien pour l'honneur de pouvoir un  jour me retourner et me dire sans honte que j'ai vécu au milieu,  avec et pour les hommes de mon temps et de demain.

Pascal Parsat