ACTUALITÉ
LES EDITOS DE PASCAL PARSAT
Chaque mois, Pascal Parsat directeur artistique du Centre Ressources Théâtre Handicap rédige un édito donnant les grandes lignes, les orientations du Centre.
EDITO DE JANVIER
Une année qui commence est naturellement un moment fort dans la vie de chacun. C'est l'occasion de former des voeux, de lancer des idées, de se promettre de belles et grandes choses.
Pour s'inscrire dans cette heureuse tradition, le CRTH vous souhaite, fidèles lecteurs de notre lettre d'information, 365 jours d'épanouissement dans vos vies professionnelles et personnelles, de réussites dans vos projets, de réalisation pleine et entière dans ce que vous vous êtes promis quand ont sonné les douze coups de minuit.
Pour s'inscrire dans cette heureuse tradition, le CRTH vous souhaite, fidèles lecteurs de notre lettre d'information, 365 jours d'épanouissement dans vos vies professionnelles et personnelles, de réussites dans vos projets, de réalisation pleine et entière dans ce que vous vous êtes promis quand ont sonné les douze coups de minuit.
Au CRTH, nous nous mobilisons pour ne pas perdre une minute dans la construction d'une société juste et fraternelle où les uns et les autres pourront vivre à égalité de droits et de chances, où chacun accèdera à la culture qui lui plaît, lui parle, et au-delà l'épanouit.
365 jours que nous vous invitons à vivre pleinement, sans rien céder de ce à quoi vous aspirez !
A ce titre, la citation d'Antoine de Saint-Exupéry "L'avenir tu n'as point à la prévoir mais à le permettre"*, prolonge ce voeu que nous formons pour vous.
Toute notre ambition, chacune de nos propositions, vont dans ce sens et incarnent cette pensée de ce grand auteur qui nous est cher.
Car pionnier il fut, pionnier comme lui nous avons été et sommes encore.
Cela demande du courage, de la volonté, de la détermination et souvent grande résistance pour ne pas reculer face aux esprits sourds et aveugles, aux discours décourageants, aux épreuves qui jalonnent une vie, à tous ceux qui ont perdu le goût du rêve.C'est si peu face à un sourire, à une avancée, un changement qui enfin se met en place.
Cela demande du courage, de la volonté, de la détermination et souvent grande résistance pour ne pas reculer face aux esprits sourds et aveugles, aux discours décourageants, aux épreuves qui jalonnent une vie, à tous ceux qui ont perdu le goût du rêve.C'est si peu face à un sourire, à une avancée, un changement qui enfin se met en place.
Au CRTH, depuis 1993, nous rêvons d'un théâtre accessible à tous. Un souhait qui aujourd'hui est en voie de se réaliser...Permettre, rendre possible, tout est là. A porté de nous, il suffit de s'en saisir, de s'en emparer et d'un commun effort de bâtir une oeuvre qui reflète chacun, dans sa singularité et ses particularités...
Rien n'est jamais acquis et tout demeure toujours à reconstruire, certes, mais qu'il est loin le temps où notre vision d'un théâtre accessible à tous était une chimère sympathique.
Rien n'est jamais acquis et tout demeure toujours à reconstruire, certes, mais qu'il est loin le temps où notre vision d'un théâtre accessible à tous était une chimère sympathique.
Avec cette année qui naît, il nous revient de donner corps et réalité à toutes celles qui viennent de s'écouler, en vous accueillant dans notre nouveau lieu, accessible à tous, au service et à l'écoute de chaque besoin.
Et s'il fallait former un voeu de plus, pourrait-ce être qu'enfin nous nous retrouvions autour de la recherche d'un nouveau mot, pour remplacer le terme handicap, qui handicape si souvent la rencontre et nos réalités ?
Lecteur qu'en dis-tu ?
A te lire.
Ps : N'attends pas que le temps passe...
Pascal Parsat
EDITO DE FEVRIER
Cher lecteur,
Nous voilà déjà en février, un mois plus court, et pourtant...
Février est un mois qui, s'il est le mois du carnaval et des masques, a en 2005 - le 11 exactement - fait tomber bien des simulacresd'égalitépour enfin inscrire une égalité de droits afin que chacun accède à ce qui esr commun à tous, dont la culture.
Que de temps il aura fallu pour que ce qui orne les frontons de nos mairies "Liberté, Egalité, Fraternité" ne soit pas que des mots...
Car quoi ? Que de sang versé pour mettre au monde la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme dont l'article premier stipule que tous les hommes naissent libres et égaux en droits. Tous les hommes ? 1789 - 2005... Quelques uns avaient été oubliés dirait-on. Voilà qui est désormais un mauvais souvenir ! Et Diderot, dans sa "Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient" qui dénonçait très justement l'aveuglement des puissants, n'avait pas tort alors.
"L'injustice n'est-elle pas le ferment de toutes les révoltes ? ", disais-je moi-même dans Colin-Maillard, pièce inspirée de l'ouvrage de ce grand philosophe.
Mais s'il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, qu'en est-il de celui qui ne veut pas voir, savoir ???
Donc vive février qui de par sa spécificité calendaire, est sans doute le mois le plus emblématique des singularités.
Un mois différent donc, pour affirmer et confirmer le droit d'être différent !
Regardez ce mois qui n'a pas trouvé d'autre moyen pour se faire accepter que d'être le mois qui masque et caricature, qui grossit le trait pour faire oublier son manque de jour, craignant sans doute qu'on le traite de sous mois, d'incompétent ou d'incomplet...
Pourtant,
N'est ce pas lui, mois insolent qui en 1993 rendit l'heure accessible sur le téléphone, en 1983 créa les radios libres et sans soute aéra le quotidien de tant de ceux qui ne sortent jamais...
Certes sa singularité ne lui donne pas que des qualités et il n'a pas toujours été formidable... Mais qui est parfait ? La différence rend-elle parfait ? Naturellement non !
Sans lui, qui eut imaginé qu'un mois puisse être autre que les 11 qui l'entourent ?
Février qui fait sauter les crêpes et idées reçues, joue de l'apparence et se moque du apparemment correct, n'en est pas moins capable pour autant.
Unique est singulier, pied de nez à tous ceux qui voudraient que tout soit maîtrisé, semblable et prévisible, Février fait la différence.
Pascal Parsat
EDITO DE MARS
Embarquons pour Mars !
Si au XIXème siècle, Charles Baudelaire dénonçait l'ennui et ses dangers dans son introduction aux "Fleurs du mal", force est de constater qu'au CRTH, nul ne connaît cet état né de l'inactivité ou du manque d'espoir, d'idéal.
Voilà un mois de mobilisation absolue pour toute notre équipe, les bénéficiaires de nos activités, actions et autres anticipations auxquelles, chaque jour un peu plus, nous consacrons beaucoup d'énergie, de temps et de volonté.
Ainsi : Nous mettons en place la deuxième étape des formations aux métiers de l'accessibilité que propose O Clair de la Lune, poursuivons notre collecte de la taxe d'apprentissage, nous préparons la promotion de nos outils de sensibilisation, nous travaillons aux demandes de financement des grands projets dont l'accompagnement à l'accessibilité des grands rendez-vous de théâtre (Avignon, Printemps des Poètes, Paris en toutes lettres...), nous relançons les expertises sous la direction de la DRAC Ile-de-France, entre autres.
Et enfin, Mars annonçant aussi le printemps, le renouveau, l'éclosion, la naissance... nous vous ouvrons les portes du CRTH !
Un lieu, dédié à tous les amoureux du théâtre qui émerge grâce au soutien de tous nos partenaires que nous saluons pour leur confiance et leur engagement sans faille à nos côtés pour que le Centre Ressources Théâtre Handicap accomplisse son ouvrage, un très bel ouvrage de compagnonnage...
En guise de conclusion, je te livre lectrice, lecteur, ces quelques phrases de Jacques Copeau qui ouvrit le Théâtre du Vieux Colombier, au Printemps 1913...
Théâtre du Vieux Colombiers aujourd'hui partenaire des Souffleurs d'Images. Théâtre dirigé un temps par Marthe Mercadier, qui nous fit l'honneur de sa présence lors de la journée de la Diversité que j'animais à la Mairie de Paris en 2007.
Qui a parlé de hasard ?
A toi, Jacques Copeau : "On n'entreprend rien certes, si ce n'est contre le gré de tous. Et, depuis quelques années, nous avions dû nous accoutumer au murmure des voix décourageantes. Mais les mots n'ont point de prise sur qui s'est délibérément sacrifié à une idée et prétend la servir.
Par bonheur, nous avons atteint l'âge d'homme sans désespérer de rien. A des réalités détestées, nous opposons un désir, une aspiration, une volonté.
Nous avons pour nous cette chimère, nous portons en nous cette illusion qui donne le courage et la joie d'entreprendre. Et si l'on veut que nous nommions plus clairement le sentiment qui nous anime, la passion qui nous pousse, nous contraint, nous oblige, à laquelle il faut que nous cédions enfin, c'est l'indignation !
Mettons-nous, d'un seul coup, en face de notre tâche. Il la faut attaquer à pied d'oeuvre. Elle est vaste, elle sera laborieuse. Nous ne nous flattons guère de la mener au bout.
D'autres que nous, peut être achèveront l'édifice. Essayons de former ce noyau d'où rayonnera la vie, autour duquel l'avenir fera ses grands apports."
Jacques Copeau
A te retrouver Chère lectrice, Cher lecteur,
Pascal Parsat
EDITO D'AVRIL
Chère lectrice, cher lecteur,
En avril, ne te découvre pas d'un fil, en mai fait ce qu'il te plait dit le dicton ?
Au CRTH, c'est toute l'année que chacun peut faire ce qui lui plait, et cela fait une sacrée différence...
Voilà que s'amorce la mise en place des festivals d'Avignon et des grands rendez-vous culturels de l'été consacrés au théâtre.
Le CRTH sera au rendez-vous de ces événements dans le cadre de sa mission, qu'elle soit parisienne, francilienne, nationale.
Je vous invite à nous faire état de vos projets, de vos rencontres et des informations que vous maîtrisez sur des productions, des lieux, des compagnies, des acteurs, des auteurs, des écoles... dont vous auriez envie que nous parlions, envie que d'autres connaissent leurs activités.
Plus on en parle, mieux c'est. Mutualisons nos contacts, nos connaissances, nos ambitions, afin que la lumière soit sur tous ces acteurs de changements qui souvent dans l'ombre font un travail formidable et souvent méconnu.
Pour notre part, nous constatons avec satisfaction, combien de plus en plus de compagnies, de lieux, de productions s'adressent au CRTH pour s'emparer de son savoir, de ses outils, de son éthique.
Un énorme succès pour "Les Souffleurs d'Images" à Paris, en Ile-de-France. Cette année, de nouveau, ils partiront à Avignon pour accompagner les spectateurs déficients visuels. Déjà, des demandes nous parviennent pour reproduire ce concept sur d'autres événements culturels liés au théâtre et nous nous en réjouissons.
Maintenant, dans cet engagement à rendre la culture accessible à tous, nous pouvons attester de la volonté des organisateurs, des lieux, des compagnies de prendre en compte les besoins d'accès liés aux handicapés. Il importe que les publics, par leur présence, confirment le bien fondé de ces démarches.
Ouvrons nos agendas pour aller au théâtre, allons à Avignon ! Où nous voulons en fait, ne sommes-nous pas libres ?
Avec nous, emparez-vous de la culture, faites votre culture, renouvelez la culture.
Elle est pour chacun !
La culture, le théâtre ont besoin de nous tous, sans exception, encore faut-il que les rendez-vous proposés soient accessibles et que vous répondiez à leur invitation.
C'est dur pour un directeur de théâtre qui s'engage pour l'accessibilité, mobilise personnels et moyens financiers de voir si peu de spectateurs en profiter.
C'est dur pour un créateur de voir que si peu de spectateurs s'enthousiasment devant sa création, la critiquent...
C'est dur pour un spectateur qui doit rester aux portes de ses envies.
On ne peut pas tout aimer, certes, mais il en va aussi d'une mobilisation générale où il n'est point forcément question d'aimer mais bien d'encourager, d'accompagner, de soutenir tous ceux qui avancent pour une culture pour chacun.
La présence de spectateurs aux besoins spécifiques au-delà de leur plaisir, est aussi un signe fort et affirmé, donné à tous ceux qui organisent, participent et/ou font ces rendez-vous culturels.
Par votre venue, vous confirmez ce que nous leur disons, par votre abscence, vous confirmez ce qu'ils sont nombreux à croire...
Ensemble tirons sur le "fil" d'Avril pour nouer des liens, retenir les progrès, lier nos projets pour qu'ils ne s'envolent pas...
Et ceci n'est pas un poisson.
A mai
Pascal Parsat
EDITO DE MAI
A toutes et tous,
En mai, disions-nous : fais ce qu'il te plaît...
Oui, sans doute, mais quoi ? Quand beaucoup de choses de sont pas faisables pour certains ?
Mai, c'est aussi le temps où revient le muguet, les chants ouvriers et militants, porteurs d'espoirs et de la volonté d'une plus grande égalité, plus belle fraternité entre les hommes. C'est le mois où nous défilons, solidaires et unis dans la volonté que nos sociétés donnent pain et travail pour que chacun avance dans la dignité qui est due à tout citoyen.
Nous en connaissons au CRTH qui ne défileront pas davantage, parce qu'ils ne veulent pas que leur singularité soit vue craignant d'être catalogués TH. TH ? Travailleur Handicapé. D'autres ne défileront pas d'avantage, car le travail ne leur est pas encore ou plus accessible.
Nos métiers formidables, sont à risques. Certains le vivent fort bien, d'autres en sortent éprouvés, usés, affaiblis, handicapés. Ceux qui le deviennent, ceux qui le sont.
C'est tel auteur vieillissant qui ne voit plus très bien et manque d'outils accessibles, c'est tel metteur en scène, qui ne peut accéder aux salles de répétitions parce que ses jambes ne le portent plus, c'est tel chanteur qui a le côté droit de son visage paralysé... J'en ai connus qui n'ont pu se maintenir dans une distribution parce que leurs traitements les affaiblissaientt et qu'ils ne parvennaient plus à mémoriser leur texte, à se lever pour répéter. D'autres qui enseignaient la musique et qui n'entendaient plus si bien...
Ce sont ces artistes, qui, bien que différents ou singuliers (n'est-ce pas le propre de l'artiste ?) ont su s'imposer sans avancer avec leur handicap en étendard, refusant de s'y arrêter, déterminés à être des artistes tout court et non des artistes handicapés.
Au CRTH nous oeuvrons pour que la culture soit accessible à tous. Cela ne vaut pas que pour les spectateurs, usagers, consommateurs. Cela vaut aussi pour ceux dont c'est le métier, qui, dans leur carrière, vont pour quelques raisons que ce soient, être touchés par le handicap tout autant que pour ceux qui veulent s'inscrire dans nos métiers.
Tous ses travailleurs et travailleuses du secteur du spectacle vivant comme de n'importe quel secteur de l'emploi, ont besoin d'être informés, sensibilisés, accompagnés pour une meilleure prise en compte de leurs besoins qu'ils soient professionnels, liés à leur âge, à leurs handicaps. Seulement nos employeurs sont nombreux et divers...
A ce titre, nous avons interpellé l'AGEFIPH, le Fonds de Professionnalisation et de Solidarité pour lequel nous sommes consultant, la médecine du travail, le DATA, Dispositif d'Aide pour les artistes au RSA / Ville de Paris qui nous a intégré dans son comité de pilotage et dans d'autres réseaux professionnels qui se tournent vers nous pour mieux maîtriser ce sujet (Arcadi, Arcade, Prodiss, SNMS, SNDTP, AFDAS...)
Il faut reconnaitre à ces travailleurs qui nous font rêver, nous donnent le goût du beau et du grand, nous redonnent courage et dignité quand nous en manquons, que l'envers du décor n'est pas si rose, si simple. Et ce n'est pas parce que cela ne se voit pas, ne se dit pas, que cela n'existe pas.
Voilà pourquoi en ce mois de mai, le CRTH invite tous les responsables à se mobiliser pour que des carrières ne se trouvent pas suspendues aux aléas de la vie en plus de ceux de leurs métiers. Pour que le fait d'être un temps ou plus, en situation de handicap, ne soit pas un frein au travail, à la création, à la poursuite d'un métier, pour que d'aucun ne vive pas, plus dans le secret et la peur d'être démasqué, réduit à son handicap, au mépris de ses compétences, marginalisé, exclu.
Vive le mois de mai, pour qu' enfin chacun fasse ce qu'il lui plaît !
Pascal Parsat
EDITO DE JUIN
Chère lectrice, cher lecteur,
Vos témoignages répondant aux éditos que je vous dédie, me touchent et je vous en remercie.Continuons à nous écrire, à nous parler, à défendre nos ambitions pour une société juste et solidaire !
Avant tout, une fois encore, le CRTH prend quelques longueurs d'avance avec sa Formation aux métiers de l'accessibilité (voir le contenu de la formation ici) qu'ont suivie nos élèves en Formation professionnalisante et stagiaires inscrits sur ces modules. Dans le cadre de la Semaine de l'Egalité impulsée par la Région Ile-de-France, un partenaire que nous suivons et à qui nous devons beaucoup, en partenariat avec l'Espace Icare, un autre partenaire que nous accompagnons depuis plusieurs années maintenant et qui accueille notre antenne dans les Hauts-de-Seine, ces élèves ont fait leurs premiers pas en direct, sur une création "Vin de sang" de la Compagnie Les Moires.
Le résultat est prometteur et déjà de nouvelles occasions pour eux se profilent sur les festivals d'Avignon avec qui le CRTH, cette année encore, est partenaire.
Je ne vous en dirai pas plus sur les autres occasions qui s'annoncent et que nous conduisons pour la rentrée théâtrale 2011... Je vous en reparle en septembre ?
Comme le disait Oscar Wilde, "Le progrès n'est que l'accomplissement de l'utopie." Car quoi ? On ne peut demander d'un côté aux lieux culturels de devenir accessibles et de l'autre ne pas les aider à ce que cette accessibilité leur soit accessible. Elémentaire direz-vous et vous aurez bien raison.
Utopie ?
Le CRTH ne cesse de dire combien c'est là un frein qu'il faut lever et que faute d'argent, ce peut être par la multiplication des compétences, la création de nouvelles propositions comme peut l'être notre concept "Souffleurs d'Images", qui chaque mois, fédère de nouvelles demandes.
Il en va de même pour notre Régie mobile, soutenue par la Fondation SFR dont l'objet est de permettre à tous ceux qui accueillent du public (secteurs entreprises, culturels, associatifs...), de s'emparer de l'accessibilité à coûts réduits , étudiés, en un mot adaptés à chacun.
L'accessibilité n'étant la propriété de personne, mais bien la nécessité de tous, ces offres n'ont qu'une seule ambition, faire bouger les uns et les autres sur leurs besoins en terme d'accessibilité.
Juin est un mois d'importance pour le CRTH.
Présentation des travaux des élèves de notre école différente de théâtre O Clair de la Lune, dernières touches à son programme de rentrée 2011, avec de nouvelles offres pédagogiques, de nouveaux professeurs, de nouvelles avancées.
Une école différente avant tout par la diversité des propositions plus que par celle de ses publics. O Clair de la Lune, si elle est accessible à tous, ne se résume pas aux seuls publics qu'elle peut, plus que d'autres, accueillir. Non, cette école est et démeure une école où chacun peut apprendre, se former, se prendre au jeu. Où l'exigence et la rigueur en sont les premiers qualificatifs, avec la volonté d'être le point de départ d'une longue série d'initiatives identiques partout ailleurs. Cela induit un agrément jeunesse et sport, une reconnaissance organisme de formation, un réglement pédagogique, des évaluations, des cursus, des professeurs professionnels de leur art, salariés.
On doit y venir par choix, non par défaut. O Clair de la Lune est réponse de circonstance, en aucun de substitution. A ce titre, le CRTH est à la disposition de tous les établissements culturels de Paris, dont les Conservatoires d'arrondissement, ou d'ailleurs, pour l'accueil des publics désireux d'accéder à la pratique théâtrale, sans frein.
Utopie ?
Avis à tous ceux qui veulent affirmer leur différence et ne plus rencontrer de frein. L'objet est qu'aucun ne soit spectateur de sa vie mais bien acteur !
Venir à O Clair de la Lune, c'est aussi comme dit en ouverture de cet édito, s'enrichir, se développer, se remettre à niveau, élargir ses compétences. Tel est l'objet de notre cursus professionnalisant / formation aux métiers de l'accessibilité qui sera proposé désormais sur deux ans dès la rentrée 2011. Cette formation est gratuite hors frais d'inscription. Une chance pour tous ceux qui achèvent leur formation en école privée d'art dramatique, des Conservatoires d'arrondissement de Paris ou d'ailleurs.
Qui a osé aller aussi loin ? Qui peut aller aussi loin ? Allez ! Un défi !
Petite anecdote... Ce 26 mai je me suis rendu à la présentation des élèves sortant du Conservatoire National d'Art Dramatique, dont Maxime Dambrin-Raoust, ancien de mes élèves. Certains d'entre vous l'ont sans doute applaudi dans la pièce de Henry de Montherlant que nous jouions ensemble, "La ville dont le prince est un enfant". Talentueux, généreux, surfant sur les contraintes de la, de sa nature, ce jeune et prometteur comédien a été, pour ma plus grande joie, longuement, chaleureusement applaudi par une salle de connaisseurs exigeants. Peut-il y avoir là pour le professeur, l'homme de convictions, de lutte et de résistance que je suis, plus belle démonstration que rien n'est impossible quand la volonté s'associe à la détermination, la conviction, l'honnêteté, au-delà des freins naturels que certains, dans nos métiers d'artistes, portent en étendard ?
Utopie ?
Utopies, nous en sommes pleins depuis 1993 et nous avons sans relâche travaillé, bataillé pour que nos propositions deviennent réalités. Je mets un S volontairement...
C'est avec vous, pour vous que nous avançons et nous ne vous dirons jamais assez combien votre soutien, votre présence lors de nos actions, vos demandes pour collaborer, vos mots d'encouragement sont des invitations à poursuivre, à résister.
Maintenant, Juin étant le mois qui nous apporte l'été et ses nombreuses festivités, dont les festivals de théâtre, nous espérons que vous serez nombreux à vous emparer des informations, des spectacles proposés par les organisations avec lesquelles nous sommes partenaires pour vous permettre d'accéder à toujours plus de création.
A vous de jouer ! Un pont se construisant des deux rives, que chacun s'empare de ce chantier et pose sa pierre à l'édifice.
Une information, un besoin pour aller au théâtre, accueillir en votre lieu cet été ? Un besoin pour élargir , enrichir vos compétences, vos offres pédagogiques ? Pour évaluer votre parcours, vos outils, vos projets artistiques ? Besoin d'un lieu pour travailler, réunir, fédérer, agir, avancer ? Nous sommes à votre écoute.
Rencontrons-nous, ce n'est pas une utopie, mais bien une réalité : nous vous accompagnons vers le changement auquel vous aspirez, à quelque niveau que ce soit, telle est la mission que nous nous donnons.
Allez hop, tous au théâtre ! Peut-il y avoir plus heureuse utopie ?
A vous.
Pascal Parsat
EDITO DE JUILLET
Chère lectrice, cher lecteur,
Je tiens ce monde pour ce qu'il est : un théâtre où chacun doit jouer son rôle. William Shakespeare.
Entendez-vous au loin ces bruits lourds, répétés, qui se répondent, créant un rythme comme un compte à rebours ?
Entendez-vous ces coeurs qui battent la mesure ?
Et là, la machine à coudre, là le son mat du rouleau qui glisse répandant sa couleur,
Cette presse qui, avec cadence, crache ses affiches ?
Et là, ces mots qui sans relâche sont dits et redits pour les dire mieux ?
Et voilà les équipes d'accueil qui soulèvent les draps, réveillent les foyers,
Ces techniciens qui montent et descendent pour accrocher, décrocher,
Et voilà les journalistes qui voient monter les piles de dossiers leur disant de venir, les invitant à soutenir, à en parler, à distinguer ?
Vous les entendez ? Vous les voyez ?
Ressentez-vous ces envies d'en découdre qui s'aiguisent,
Ils sont là, ils arrivent les grands rendez-vous du théâtre comme chaque été suivis de la plus grande parade que le théâtre n'ait mise en place.
De partout, troupes et spectateurs du monde entier, médias et acteurs culturels se donnent rendez-vous à la grand-messe de la parole, du geste, du son, du corps, de l'espoir et des rêves.
Les indignés, les poètes, les rêveurs, les amateurs, les professionnels, les petits nouveaux, les anciens, unis dans une même passion, sans se connaître, vont se reconnaître, se saluer, s'observer, se craindre, se chercher, se redouter, s'aimer, se... Unis par leur amour du théâtre.
Metteurs en scène, producteurs, décorateurs, techniciens son, lumière, machinistes, chargés de diffusion, auteurs, comédiens, danseurs, musiciens, chargés de communication, et tous les autres, pendant 3 semaines, vont défiler, se présenter, se battre pour ne pas être engloutis dans ce vaste marché du rêve et de la création, de la diffusion aussi, de la volonté quoi qu'il en soit de s'inscrire dans un métier, de s'y maintenir, et tout simplement de le vivre, d'en vivre.
3 semaines de travail sans relâche où chacun selon ses moyens et ses ambitions, ses atouts, ses outils va faire entendre sa passion, sa conviction, son indignation, son cri, son rêve, au monde.
Le CRTH, structure de création qui par trois fois s'est produite à Avignon, (1993 : La valse du hasard de Victor Haïm à la Condition des soies ; 1999 : Colin-Maillard de votre serviteur au Théâtre du Funambule ; 2003 : La maison du Noir au Collège de la salle) connait bien les affres de ce temps fort du théâtre.
Eprouvant, épuisant, excitant, et j'en passe, chaque jour qui précède oscille entre enthousiasme, désespoir, euphorie et déprime. Chaque jour sur place est un point de suspension entre l'attente des spectateurs qui sont parfois difficiles à capter confondus qu'ils sont devant tant de propositions, tant d'invitations aussi... Entre cet article qu'on attend, ce journaliste qu'on espère, ce directeur de programmation qui ne répond jamais à nos appels... La tension monte chaque jour. Adrénaline quand tu nous tiens.
Rien ne peut remplacer une telle aventure. On ne l'oublie jamais, on ne peut la comprendre que si on l'a vécue.
Et ce, à tous les niveaux...
A tous les niveaux incluant aussi l'après, l'après 3 coups, l'après coup...
Un métier qui ne s'écoute pas, c'est un comble diront certains quand tant s'observent sans cesse et s'écoutent parler toujours !
Non, n'en croyez rien. Tous ces professionnels avec passion, sans retenue, sans précaution, sans garde-fou, donnent vie, leur vie à leur art. Cela impose le respect. Combien de nos jours sont capables de se donner sans garantie de recevoir ? Beaucoup d'épreuves pour quelques joies disait Catherine Samie, doyen des Comédiens-Français du 1er janvier 1990 au 31 décembre 2006.
Alors que la culture manque de moyens, que les professionnels souffrent de l'instabilité, de la dureté de leur métiers, il faut bien avouer que nombreux sont ceux qui s'épuisent et souffrent, peinent pour ne pas être débarqués luttent pour ne pas que cela se voit, se sache, se dise...
Oui, ils sont nombreux à jouer le jeu, mais à quel prix...
Et les spectateurs ? Eux aussi sont nombreux à se diriger vers Avignon. Mais si l'Office du tourisme est exemplaire en matière d'accessibilité, il en va tout autrement dès que l'on en sort. Et d'ailleurs faut-il pouvoir y entrer, car combien de trains sont accessibles ? De restaurants, d'hôtels et enfin de théâtres ??? Sans compter les pavés qui font les rues et déséquilibrent, épuisent ???
C'est pour chacun de ceux là, pour que le théâtre soit cet espace dans la Cité où tous sont en droit de se rendre, et peuvent s'y rendre, que le CRTH travaille depuis des mois à la mise en place de partenariats avec des lieux, des organisateurs, des compagnies, des associations locales ou nationales, des services culturels de la région et du département.
Saluons ici nos partenaires qui sans réserve depuis 4 années soutiennent notre présence à Avignon, (Ici aussi le CRTH a été le premier à s'emparer de la mise en accessibilité des programmes, des spectacles, des besoins liés à l'accessibilité tant pour les productions que pour les spectateurs).
Parce que tous ceux qui en douteraient ou feraient semblant de ne pas savoir, le handicap, qui ne se limite pas aux seuls fauteuils roulants est bien présent à Avignon. Et je ne parle pas de tous ces spectateurs qui ont vécu Avignon, qui avec l'âge, les épreuves de la vie, resteront chez eux, éloignés d'un de leurs grands plaisirs. Ce grand théâtre qui va s'ouvrir le fera impatient de rencontrer des spectateurs, oubliant ceux-là, tant artistes ou spectateurs qui ne viennent plus, ne peuvent plus venir... Ceux-là dont la vie est loin d'être une comédie.
Des avancées se font chaque année, impulsées pour certaines par le CRTH, initiées par quelques autres qui dans leur région déjà traitent du sujet, mais le nombre d'acteurs du changement est encore ténu. Tout autant que le nombre des spectateurs.
Alors, à tous, si nous voulons nous montrer dignes de nous, n'oublions personne et pensons à tous ceux présents, passés et surtout à venir qui avec des besoins, des sensibilités, des goûts différents s'espèrent et seulement parfois se rencontrent.
Le CRTH, cette année accompagne le festival d'Avignon, ses équipes d'accueil, ses lieux, le festival Théâtr'enfants et tout public où nos élèves formés aux métiers de l'accessibilité vont, pour valider leur formation, audiodécrire, où le thème de l'éducation artistique accessible sera abordé, le festival Contre-Courant où ces mêmes élèves vont surtitrer, audiodécrire encore, vocaliser des programmes dont celui de Terre de Festivals pour la Région PACA, sans oublier notre permanence au Conservatoire à Rayonnement Régional et aussi toutes les rencontres pour lesquelles je suis invité à prendre la parole.
Devant tant de besoins, de demandes, d'espoirs aussi, le CRTH se fait un devoir de poursuivre pour que certains enfin se rendent compte que l'accessibilité n'est pas un superbe mot que l'on prononce comme une promesse dans les discours, mais bien une réalité qui n'a pas le goût de jouer avec les mots. Au théâtre, on sait combien le jeu peut faire rêver et donner à croire, dans une réalité qui n'est qu'apparente.
Tous ceux qui aujourd'hui ont des besoins, ne veulent pas, plus être leurrés, mais satisfaits ici et maintenant. Définitivement, respectueusement !
C'est à ce prix, quelque soit le prix, que nous serons dignes de ce voeu de Jean Vilar qui créa le festival : L'art du théâtre ne prend toute sa signification que lorsqu'il parvient à rassembler et à unir.
Bons festivals
P.Parsat
EDITO D'AOUT
Alors que les décors repartent en morceaux,
Alors que nombre de rêves se sont évaporés, laissant un goût amer à certains,
Alors que des théâtres se félicitent de leur programmation et affutent celle à venir,
Qu'ils se réjouissent de leur taux d'occupation,
Alors que des spectateurs s'enflamment encore pour des spectacles qu'ils ont vus et attendent l'été à venir,
Gardons une pensée pour ceux qui sont restés aux portes du plaisir, de la rencontre, de la culture, de la réalité. Cela vaut pour les spectateurs, les lieux, les productions, et tous nos intellectuels qui tentent de comprendre le théâtre à coup de conférences, de débats...
Après en avoir beaucoup entendus, beaucoup vus, écoutés, est venue l'heure du bilan pour le CRTH. Que constatons-nous ?
L'accessibilité s'il est un mot encore peu satisfait est un mot qui s'impose et suscite de plus en plus d'intérêt.
Le nombre de demandes d'informations, de rendez-vous, de conseils, de partenariats, de prises de paroles augmente significativement. Le nombre de spectateurs, de lieux, d'acteurs du secteur est désormais à la hausse. 2015 approche et tout le travail de fond du CRTH, et de bien d'autres, porte ses fruits de manière significative. Ne nous réjouissons pas et restons humbles. Les démarches extérieures qui nous emboîtent le pas, celles qui ouvrent d'autres voies sont les bienvenues, nous les appelions de nos voeux depuis très longtemps. Pour autant demeurons vigilants, avançons en nous méfiant des effets d'annonces, des grands discours, des belles volontés haut et fort exprimées. Prenons garde à ne pas reproduire dans le champ de la culture ce qui a fait loi dans le secteur associatif du handicap où chacun créait sa propre association convaincu qu'elle répondait enfin au problème, mieux et plus vivement que les autres. Certes, les volontés étaient fondées, mais l'absence de concertation, de parole unie et structurée a peut-être participé à la lenteur de nos élites à oeuvrer pour que les publics en situation de handicap, leur entourage, et au-delà, trouvent leur place dans notre société.
Comment oublier la Journée Nationale du Handicap à l'UNESCO en 2005 où j'animais le Forum Vie Artistique et Culturelle aux côtés de Mireille Malot, et tous ces porteurs de projets convaincus d'être uniques, qui découvraient à la troisième rangée qu'une autre association faisait, disait, annonçait les mêmes choses ?
N'est-ce pas cela que sont aujourd'hui les festivals d'Avignon, où chacun porte en étendard le mot création, et à terme nous pose la question sur ce qu'est réellement la création, ce qu'elle demande, implique et enfin pour qui elle est ?
Il en va de même, il me semble avec le handicap. Oui, nous avançons et oui, il faut encore chercher, inventer, expérimenter. Oui. Mais il faut aussi sans cesse se rappeler pour qui tout cela est fait. Si nous y prenons du plaisir c'est tant mieux, on avance plus facilement dans le bonheur. Mais ce bonheur, ce plaisir, le destinataire en a-t-il ? Répondons-nous vraiment aux besoins des personnes auxquelles nous disons consacrer nos travaux ?
Oui, certaines sont maladroites, d'autres démagogiques, opportunistes. Si c'est à ce prix que le changement peut s'imposer, qui s'en plaindra ?
Au-delà, cette édition 2011, nous permet d'entrevoir la vitalité des politiques, des entreprises, du secteur associatif sur ce sujet. Publics, acteurs du secteur culturel ne sont plus si loin les uns des autres. Mieux, ils savent désormais qui fait quoi et expriment leur volonté de s'emparer eux aussi de l'accessibilité. Réjouissons-nous ! Tous ! Ensemble !
Le CRTH qui oeuvre avec constance, sans relâche et sans complaisance sur cela n'est pas peu fier de voir tous ceux-là se chercher désormais, s'aventurer dans des projets en commun, volontaires qu'ils sont tous pour que la culture, comme bien souvent dans les sociétés qui sont en danger, soit le reflet de ce que l'homme peut faire de mieux, de plus.
Oui, bien sûr, nous en avons vu qui n'avaient rien à dire si ce n'est faire la promotion de leur petite action, qui n'avaient rien à dire parce qu'ayant pillé sans vergogne ce que d'autres avaient eu tant de mal à faire émerger, avec pour seule ambition que de trouver un espace où ils pourraient faire quelque chose, toujours incapables de s'unir pour réussir l'enjeu d'une société digne de ce nom.
Période de transition, nul ici ne peut affirmer qui demain pourra se vanter d'avoir eu raison. Le CRTH sait combien il est dur d'avancer quand tant d'autres voudraient être les seuls, les premiers. Quand finalement les bénéficiaires sont bien souvent otages d'ambitions qui se dissimulent derrière de beaux et grands sentiments.
Indignation, résistance et droits sont les seuls mots qui vaillent, ce me semble.
A la conférence sur la surdité et la création portée par le Théâtre NTH8 de Lyon, j'ai tenu à rappeler que trop souvent j'entendais des propos des acteurs prenant la parole comme une sorte de tentative de se légitimer. La création avec le handicap c'est génial, c'est tellement plus riche... Euh... Oui, peut-être. La création, ce n'est pas déjà tout ça ? Et avec n'importe qui ?
A la conférence sur l'éducation artistique proposée en partenariat avec le Festival Théâtr'enfants, j'ai demandé si le temps n'était pas venu pour certaines propositions de s'interroger sur leurs structurations, leurs réponses, leurs capacités à ne pas conduire la collectivité à accueillir ces publics dont elles se chargent, ne déchargent-elles pas indirectement les autres ?
Le CRTH n'oublie pas qu'il participe au changement et que peut-être, il n'en verra pas l'incarnation. Mieux ! Qu'il lui faudra à un moment s'effacer. D'autres chantiers, n'en doutons-pas, se feront jour et nous conduiront à oeuvrer ailleurs. A créer ailleurs...
Avançons, mutualisons, reproduisons et créons encore et encore. Nous n'en avons pas fini.
Après Paris, le CRTH s'installe à Avignon pour accompagner la Région PACA, le Conseil Général de Vaucluse, tous les porteurs de projets, les acteurs de progrès vers un théâtre qui prend en compte les besoins de chacun et y répond. Un nouveau chapitre de notre histoire commence ici sur cette Terre de festivals, foyer de culture où tout est à faire, où tous ont envie de faire...
Aussi pour ses partenaires, ses bénéficiaires présents et à venir, tous les professionnels rencontrés et ceux que nous espérons rencontrer, pour son histoire, ses collaborateurs, et sans doute le plus important, pour les rêves formés par ses fondateurs, le CRTH se sent une responsabilité et une obligation de résultat. Allons ! Poursuivons notre route et allons ici et là au plus près des uns et des autres, pour accélérer le changement, que nous nous vouons à accompagner.
Le CRTH, structure de création est observatoire de la réalité, explorateur de l'inconnu, créateur de possibles. Faut-il en dire plus ?
Parfois, ce n'est qu'en quittant la scène qu'on peut savoir quel rôle on a joué. Stanislaw Jerzy.
Bon été
PP
EDITO SEPTEMBRE
A tous ceux qui ont derrière eux pluies et balades estivales, emmitouflés pour compenser le soleil qui leur a joué un mauvais tour, le CRTH souhaite une heureuse rentrée !
Regardons le verre à moitié plein et positivons. Il y a toujours du bon à prendre même quand cela paraît difficile... Car quoi ? Aurions-nous visité, observé, découvert avec un soleil de plomb ? Sans doute non. Nous aurions passé de longues heures yeux fermés au risque d'être éblouis. Nous nous serions jetés dans les eaux plus ou moins chaudes délaissant les terres et toutes leurs histoires, grandes et petites... Nous n'aurions pas goûté aux richesses locales, échangé avec des étrangers et découvert leurs valeurs, leurs singularités, leurs histoires.
C'est un peu cela quand la nature ne nous facilite pas les choses, ou quand les hommes s'en mèlent. Cela demande un autre rythme, une autre façon d'appréhender les choses. Cela change la donne, et même si les règles du jeu sont comparables, la manière de jouer diffère. Et n'est-ce pas tant mieux ?
C'est un peu cela quand on est avec l'autre dans son autrement, où son rythme, sa perception, son expression diffèrent des nôtres.
Il faut alors, sans renoncer à soi, à ses attentes, ses objectifs adapter sa marche, sa parole, son tempo...
Qui ne l'a pas fait cet été en tentant de répondre à tel ou tel qui demandait son chemin parlant une autre langue que la nôtre ? Qui n'a pas eu besoin de s'arrêter pour demander sa route et ce même à un de ses concitoyens qui, préssé, préoccupé, a expédié la demande, le besoin ??? Cela nécessite une grande écoute, une patiente et une bienveillance solidaire, attentive. L'autre qui vient vers nous ne peut se voir reprocher de ne pas tout savoir, de ne pas tout pouvoir. Alors, il nous faut considérer l'autre comme une déclinaison de nous-même, avec respect et attention.
Ailleurs, souvent on trouve tout le monde formidable. Qu'est-ce qu'ils sont accueillants, ouverts, généreux, confiants et serviables ! Oui, il est vrai que parfois si ce n'est fréquemment, ailleurs on s'étonne de l'accueil. Mais qui ensuite se dit que de retour il pourrait garder cette chaleur et cette prévenance ?
Car n'est-ce pas de cela dont il est question ? S'enrichir de l'autre non en s'étonnant et applaudissant cette différence si agréable, si surprenante, si ce n'est héroïque, extra-ordinaire diront certains, mais en l'appréciant avec le respect qui se doit à quiconque, en faveur d'un vivre-ensemble meilleur.
C'est cela l'objet qui nous anime au CRTH. Nous n'applaudissons pas le handicap. Nous ne lui accordons aucune vertu, aucun privilège, aucun pouvoir surnaturel. Oserais-je dire, aucune priorité ? Mais des droits. C'est tout.
Au CRTH il est question que chacun ait la possibilité et le choix de faire, sans être freiné par quelques besoins non pris en compte, insatisfaits par quelque offre aménagée, arrangée, que l'on choisirait par défaut... Egalité de choix, d'accès, de qualité, d'exigence, et de devoirs sont à nos yeux le ferment d'une société juste. C'est ainsi que la rencontre peut avoir lieu. Avec soi, l'autre, les autres.
C'est cela que nous disons aux élèves de notre école différente de théâtre O Clair de la Lune. L'objet n'est pas de proposer une école pour personnes handicapées. Quelle hérésie ! La volontée est axée sur des propositions pédagogiques diversifiées, adaptées pour que chacun puisse accéder, pratiquer, construire et se (re)construire dans un projet ambitieux et engageant. N'est-ce pas cela l'égalité des chances ? L'égalité tout court ?
C'est cela que nous répondons aux journalistes qui veulent savoir combien nous accueillons d'élèves en situation de handicap. La proportion d'handicaps ? Les visibles, invisibles, supposés, erronés ? Ma réponse ? Nous avons des élèves !
Les Souffleurs d'Images, la Brigade accessibilité, la Régie mobile, les locaux du CRTH, ses services, ses prestations, ses personnels, ses contacts, ses créations, tout ce que nous proposons est conduit dans cette volonté : proposer des moyens pour que seules la nature et la personnalité soient à considérer.
Le CRTH n'a pas le goût du confort et sait combien il est âpre de ne pas dire comme il faut, bien ce qu'il faut... Aller au bout de ce que l'on sent, voit et rêve, ce sont là les 3 convictions auxquelles nous sommes attachés !
C'est cela que nous disons à nos élèves, nos interlocuteurs, nos comédiens et autres techniciens, nos tutelles. Une création, c'est en mouvement constant, sans garantie de réussite mais avec l'assurance que le créateur porte son projet, le défende et le construise honnêtement, avec éthique et intégrité, et sans intégrisme.
Le CRTH est une vraie création qui se donne les moyens, à défaut de toujours les obtenir, pour construire une culture théâtrale qui lui semble digne. Et tant pis si nous nous trompons. Que d'autres réussissent ce qu'ils auront le sentiment que nous aurons raté...
Mais quel rapport entre l'été et son temps si déroutant, avec l'étranger qui ne parle pas notre langue et la démarche du CRTH ?
La nature est souverraine et nous ramène à notre réalité, à accepter de vivre ce qu'il y a effectivement à vivre. Ne pas savoir ne fait pas de nous quelqu'un d'infréquentable mais bien quelqu'un qui peut-être sait autre chose, et peut ouvrir notre culture, à défaut de la nourrir, voire la conforter. Ce qui compte c'est d'essayer, de proposer, et non de se comparer, de s'espionner, d'étouffer pour que dure l'illusion d'exister.
Tiens une éclaircie ! Alors voilà bien l'arc-en-ciel qui glisse ses couleurs dans le ciel... Quand j'y repense... En 2005, je comparais notre école de théâtre à l'arc-en-ciel, cet assemblage de couleurs, réaction naturelle qui nous enchante et nous donne de la joie après la longue et lourde pluie...
Après la pluie le beau, le bon temps ? Bonne rentrée dans l'égalité des chances et des droits !
Tous les rêves naissent libres et égaux en droits vous souhaitons nous ? Faites vos rêves ! Tout va bien...
P.Parsat
EDITO OCTOBRE
Chère lectrice, cher lecteur,
Octobre a un drôle d'air, vous ne trouvez pas ?
Il souffle un drôle de vent...
Un vent qui souffle sur paroles et propos qui eux ne manquent pas d'air...
Un moment où la nature se prépare à l'engourdissement automnal, range sa moisson d'été, faisant sa fourmi, il y en a qui résistent et ne veulent pas voir leurs beaux rêves estivaux théâtraux être enfouis, ensevelis ! Tout leur travail suspendu parce que les outils adaptés, les réponses responsables ne sont pas là !
C'est une révolte ? Non une révolution !
Ca c'est tout octobre. Il n'en est pas à son premier coup ce mois là ! Ce mois qui se la pète, pourrait-on dire...
N'est-ce pas en octobre que Jacques Copeau fonde en 1913 le Théâtre du Vieux-Colombier à Paris, lance un "appel" resté célèbre dans l'histoire du théâtre contemporain, s'adressant au public, et en particulier à la jeunesse, il écrit "pour réagir contre toutes les lâchetés du théâtre mercantile et pour défendre les plus libres, les plus sincères manifestations d'un art dramatique nouveau" ? La culture ici, serait-elle métaphore de la société ? Il poursuit : "il faut une scène nouvelle. Trouver un public nouveau dans des conditions sociales nouvelles". Le Vieux-Colombier devient le symbole d'un engagement légendaire dans l'art dramatique de notre temps. On ne refait pas l'Histoire... N'est-il pas un des tous premiers théâtres publics à avoir accueilli le concept "Souffleurs d'Images" ?
C'est en 1913.. Quelle année qui vit tant de peuples se soulever de partout sur la Terre. Un temps sans doute d'indignation où l'insupportable le disputait à l'indécence ! Car la révolution si elle est une sorte de mouvement, pas forcément l'expression de la contestation, mais bien du changement, est aussi pour beaucoup une rotation sur soi-même... L'injustice est le ferment de toutes les révoltes, écrivais-je dans "Colin-Maillard" en 1999...
Ah ! Quand je pense à vous, messieurs Copeau, Diderot, de Saint-Exupéry, Wilde, que nous sommes petits à vos côtés, mais combien vos combats sont pour le CRTH des phares dans des périodes moins lumineuses que d'autres... Où la résistance, la persévérance, s'ébranlent, vacillent sans jamais s'écrouler. Mais si je n'avais pas accédé à vos écrits, vos combats, vos révoltes, aurais-je pu m'emparer de ma pensée ? Affirmer ma vision de ma vie, du monde, de la société, lui donner des armes pour résister à l'aveuglement et la surdité de tant de ceux qui conduisent notre société et se croient en droit d'imposer leurs lois, quand tant d'autres n'ont pas d'autres choix que de rendre les armes, leurs armes ?
En ce mois d'octobre, la saison théâtrale bat son plein, s'ouvre la rentrée des universitaires, des cours d'art dramatique, etc. Cela inclut : les enseignants, professeurs de théâtre, animateurs, éducateurs mais aussi étudiants, apprentis comédiens, lycéens, collégiens, élèves, mais également les professeurs ayant besoin de locaux, d'outils adaptés et accessibles, de conseils, de nouvelles compétences, d'évaluation, de remise à niveau, d'accompagnement dans leur quotidien, leurs projets, leurs nécessités et obligations, ambitions aussi. Autrement dit, la force vive qui se met sur les rangs de notre avenir... Qui a besoin d'outils pour alimenter son savoir et construire sa pensée. Alain, philosophe de son état, ne disait-il pas que l'éducation devait produire des révoltionnaires ?
Oui certes !
Mais quand tous ceux qui font le présent ne sont pas à égalité, pas en mesure d'accéder à ceux qui ont fait l'Histoire, comment pourraient-ils demain participer à l'Histoire ? En la suivant seulement ? Arrêtons les "ya qu'à, les on n'a pas les moyens, les faut voir, ne nous emballons pas", etc.!!! Faisons un pas au moins, suscitons le mouvement, l'action pour au moins réfléchir sur du concret et non de la théorie. Cela ne veut pas dire que ce soit parfait. Mais au moins qu'il se passe quelque chose, que chacun participe, apporte sa pierre à l'édifice.
Avec constance et détermination, le CRTH observe, constate, invente, expérimente, et donne à qui veut le fruit de ses travaux. C'est sa petite révolution à lui... Son pavé lancé dans la vitrine du politiquement correct... Sa déclaration du droit de tous à tout.
Ainsi son manifeste déclare :
Accès à l'information avant tout ! Voir son site internet et ses outils adaptés. Tiens ! Qui avait pensé vocaliser la lettre de la MDPH de Paris ?
Suivez le manifeste !
Un Fonds Théâtral Sonore dont l'accès est gratuit, qui recense plus de 3000 ouvrages sonores. Un bel outil pour ceux qui ont des besoins dans le domaine de la lecture. Pour information, le CRTH est détenteur de l'agrément simple d'exception de droit d'auteur. Besoin d'accessibilité dans le domaine de l'écrit ? Venez avec l'ouvrage et vous aurez satisfaction. Car, votre achat est important. Les auteurs, les éditeurs de théâtre eux aussi ont besoin d'être soutenus...
Accès à l'éducation, la création, la formation, la pratique, l'expression, le savoir, la connaissance, la reconnaissance !
Programme de campagne :
Les "Souffleurs d'Images" qui permettent aux spectateurs déficients visuels, simples amoureux du théâtre, amateurs ou professionnels d'aller simplement au théâtre. Cela vaut pour le cirque et la danse également.
Une régie mobile, une école de théâtre, accessible à tous, dès 8 ans et sa formation aux métiers de l'accessibilité pour multiplier les compétences, réduire les coûts. Un lieu pour répéter, se produire, s'exposer, s'enrichir, auditionner, s'emparer des réponses à mettre en oeuvre pour n'exclure personne de l'offre culturelle.
Une équipe, première ressource du CRTH, dont les compétences diversifiées, experimentées, éprouvées, sont à la disposition de tous.
Porté par le goût de l'action, et peut-être aussi par l'indignation, une impérieuse volonté de justice et d'ouverture, le CRTH travaille, se consacre à vous, à votre réalité, à vos nécessités. Au concret donc ! A la justice de fait !
Est fini le temps des larmes, s'il faut en arriver là, est venu celui des armes, des armes culturelles et citoyennes ! Marchons vers notre culture, unis et déterminés, à égalité !
Une révolution en octobre ?
Ce ne serait pas la première...
Je vous embrasse à la Russe ! Soyons fous et osons ! A moins que cela ne vous révolte...
P.Parsat
EDITO NOVEMBRE
Novembre nous unit tant il nous rafraîchit et nous pousse à trouver la chaleur où l'on peut,
Nous unit aussi, sur le dépassement, la dignité, la mémoire, le souvenir, le respect, l'avenir. En ce mois, que d'événements, de rendez-vous, de symboles qui parlent de tout cela. Certes, on y célèbre les morts, mais c'est le premier, et 29 jours suivent... Avant de saluer les morts, saluons les vivants, tous ceux qui veulent vivre et ne pas être des morts-vivants, ou des vivants comme des morts, enfouis, dissimulés, cachés.
Vive novembre, un mois qui ne veut plus être le mois du chagrin, de la tristesse, de l'engourdissement... De chrysanthème, du marbre et des hommages...
Ô mois de novembre tu deviens le mois de la couleur, de l'étrange, du bancal, du pas banal... Mois Extraordinaire de Paris, exposition accessible sur Antoine de Saint-Exupéry à Issy-les-Moulineaux, semaine pour l'emploi des travailleurs handicapés, Festival de Théâtre Européen Orphée à Versailles, Quinzaine du handicap du 12ème...
Tu nous emportes et nous transportes novembre vers plus, encore plus, si ce n'est au-delà...
Le CRTH est partout en ce mois. Vous trouverez ci-dessous tous les rendez-vous que nous vous proposons.
Où l'on va oeuvrer pour dépasser les idées reçues, honorer, rendre hommage, saluer, applaudir, s'enrichir, se rencontrer, échanger, s'apprécier, se mieux connaître, se reconnaître... D'être des hommes dignes de ce nom, dignes de nous, de ceux que nous saluons pour leur sacrifice et leur courage, de ceux que nous découvrons et auxquels nous voulons rendre justice, de ceux dont nous ne savons rien, et qu'il importe de ne pas sous-estimer, de ne pas cataloguer.
Si novembre rime avec le deuil, que ce soit celui de la bêtise, du normatif.
Comme disait Victor Hugo "tout ce qui est dans la nature est dans l'art". N'est-ce pas tout un art que de vivre sa nature ? Librement ? Honnêtement ? Dans la lumière et les yeux de tous ? Dans l'idée que l'on a de sa nature ?
C'est un devoir de rendre possible l'accès à la culture pour chacun. Chacun ne compose-t-il pas la nature, n'a-t-il pas le droit de fait d'accéder à ce qui le sublime, le montre et le distingue, parle de lui, le chante, le vante et l'inscrit dans la, sa vie ? Sa ville ?
La culture est un plaisir avant tout, un objet d'épanouissement, de découverte, de soi, des autres. Un objet de rencontre, de participation, de récréation pour beaucoup. La culture sait combien il importe à certains hommes de porter leur vie à bout de bras pour donner du sens à la vie des silencieux, des anonymes, des oubliés, des exclus, des mal-aimés, tant elle les aime, leur ouvre les bras pour panser, penser leurs blessures.
La culture aime la fragilité, la vulnérabilité, la singularité, l'anticonformisme, les hommes de travers, les chemins de traverse...
On ne s'improvise pas poète et l'on ne peut rimer avec tout... même si l'on s'accorde facilement... Mais pratiquer n'est pas maîtriser obligatoirement, ni en faire un métier. Reproduire et créer, sont les deux faces de l'artistique... L'affranchi ou le signe savant. Le libre et le dépendant. L'autonome et le copieur...
A quelque niveau que ce soit, chacun selon ses moyens, ses ambitions, se dépasse, se surpasse.
N'est pas artiste qui veut, mais un geste, un souffle, un regard, un parfum, un...
N'est-ce pas là déjà le début de la création ?
Vive la création qui libère l'esprit et réchauffe les coeurs,
La culture est cet espace où l'on va retrouver courage et grandeur,
La culture qui tend le miroir de nos natures nous donnant à voir cet autre si proche finalement...
Gardons le nez au vent, toujours prêts à nous émerveiller de cet autre qui bien que différent de nous, nous enrichit toujours pour peu qu'on ne l'ait ni fui ni fait disparaitre...
"J'ai eu longtemps un visage inutile, mais maintenant j'ai un visage pour être aimé, j'ai un visage pour être heureux." Paul Eluard
C'est en novembre que nous quitta Paul Eluard, ce grand poéte atteint de tuberculose dans son adolescence, lauréat du prix international de la paix (décerné par le Conseil Mondial de la Paix) en 1952.
P.Parsat
EDITO DE DECEMBRE
L'autre jour ou peut-être était-ce une nuit...
Trève de plaisanterie, dans le cadre de mon atelier de "Recherche théâtrale", pour l'école O Clair de la Lune, les élèves travaillent en alternance avec la lumière ou l'obscurité ; Ce soir là, le cours sera dans le noir total.
Une de mes élèves très malentendante, me dit que pour elle c'est impossible. Et ce, malgré la présence d'une boucle magnétique qui dans son cas précis ne lui est pas utile. Oui, le CRTH s'est équipé de tous les outils pour aller vers un vrai travail, un résultat sans compromis. OCL n'étant pas comme chacun l'aura compris une école pour handicapés, mais bien pour l'Egalité !
Pour une ? Dois-je en priver 12 ?Je prends le parti de poursuivre le travail jusqu'à la limite de ce qu'elle pourra accepter, endurer, supporter. Au-delà, et peut-être dont elle sera la première étonnée... Car elle lit sur les lèvres mais dans ce noir pas de lèvres. On verra bien.
Le cours commence. Chacun est invité à s'emparer de la nuit, dans l'espace, dans le temps, au milieu des autres. Etrangement, les uns et les autres ont un évident besoin de bouger, de marcher, d'avancer ? arpentant l'espace. Faisant le bilan de cette première étape, je rappelle à chacun qu'appréhender l'espace c'est aussi avant de traverser, l'observer, l'apprécier par d'autres sens. A ce niveau, mon élève déficiente auditive n'a rien fait de différent des autres.
On est toujours en connexion donc. L'élève avec un grand E véhicule les mêmes freins, les mêmes démarches.
De temps en temps, je me rapproche de mon élève qui disait redouter cet instant. Je monte ma voix à ses côtés pour ne pas l'isoler, lui pose la main sur l'épaule pour lui permettre de rester en contact... Elle ne manifeste aucune gène, aucune lassitude.
4 heures passent, tout le monde est toujours dans le noir, découvrant l'exigence de celui-ci quant à la voix, le corps, le timbre, la diction, la puissance, la simplicité, le naturel, le rythme, la situation, l'adresse à l'autre, l'écoute donc.
Et alors que je demande aux uns et aux autres le rendu de cette tenue sans lumière, quel n'est pas notre étonnement d'entendre l'élève citée plus haut, révéler à l'un des autres : "Tu as une belle voix". Elle ajoute : "Tous mes amis venus aux présentations, t'ayant entendu me le disaient. Mais c'est la première fois que moi je t'entends..." Elle paraît très surprise, heureuse, très volubile, assurément n'en revient pas. Que pourrait-on en déduire ?
Que jusqu'à là, elle refusait une telle dimension convaincue que cela la priverait de ce qu'elle percevait en lumière. Elle lit sur les lèvres, rappelons-le.
Que sans mon refus de me soumettre à ses craintes, elle n'aurait sans doute jamais découvert sa voix ? Celle de son camarade, s'entend.
Que cette personne regardait, a toujours regardé, les lèvres pour comprendre, forte de sa déficience auditive sévère. De fait qui lui a appris à écouter ? Qui a entrepris de ne pas résumer ses sens à une façon de les utiliser ? Qui a osé faire autrement, explorer, chercher, innover ? Les autres ? Elle ? Un consensus dans l'accommodement, si ce n'est le renoncement s'est mis en place.
Impossible n'est pas français. Je plaisante. Quoique. Si en France l'usage est d'apprécier, si ce n'est déplorer ce que l'autre ne peut plus faire, il arrive qu'ailleurs, on apprécie ce qu'il peut encore faire... Que faut-il retenir ?
D'un côté il y a ceux qui ne pensent pas au handicap. De l'autre, il y a ceux qui y pensent trop. Oui, bien-sûr, j'en vois d'ici qui se disent "comment pourraient-ils penser à autre chose, quant à tout moment la non prise en compte de leur spécificité leur revient en pleine face, en plein coeur ?".
Par nature, l'élève est force de proposition du "non". Non, je ne comprends pas, non je n'y arriverai pas, non je ne pourrai pas... Mais veut-il ? Avant de savoir s'il peut ?
Cher élève, unique par essence, aux freins somme toute si communs, je te dirai : c'est à toi que tu dis non d'abord, à ton objectif, à ta participation, ton rêve peut-être.
Cette élève est cataloguée presque sourde. Presque ce n'est pas complètement. Si ? Non.
En d'autres occasions, il m'est arrivé de vivre expérience similaire avec tel qui était convaincu que ce geste lui était impossible, ou tel pour qui autant de mots seraient impossibles à apprendre... Chaque fois, j'ai tenté de faire le point sur ce que l'élève était convaicu de ne pas pouvoir faire. Chaque fois, j'ai pu apprécié combien l'élève se donne de freins et en même temps souffre du sentiment qu'il voudrait faire plus, mieux et ne s'en donne pas les moyens.
Remarquez que je ne dis pas élève en situation de handicap. C'est transversal et commun à tous les élèves.
Tel fut le cas pour notre élève qui a découvert qu'au-delà de ses craintes un espace inexploré existait, dont elle n'avait pas connaissance, l'usage, l'idée.
Le CRTH est observatoire de la réalité, explorateur de l'inconnu, créateur de possibles...
Madame Roselyne Bachelot-Narquin Ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale qui nous distinguez par votre présence ce 3 décembre, journée Internationale du Handicap, vous nous confirmez que la culture se nourrit de la diversité et s'exprime différemment.
A nous de nous donner les moyens de cette société dont nous rêvons tous. On peut essayer...
Décembre n'est-il pas le mois des voeux ? Mais n'est-il pas aussi celui des cadeaux ?
Bonne fin d'année...
P.Parsat
Pour créer un lien vers cet article sur votre site,
copiez et collez le texte ci-dessous dans votre page.
Prévisualisation :
Les éditos de Pascal Parsat en 2011
Vendredi, 20 Mai 2011
Vendredi, 20 Mai 2011
Powered by QuoteThis © 2008

